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Histoire de la Reflexologie

 L’histoire ancienne de la réflexologie plantaire
La pratique de la réflexologie plantaire apparaît dans des cultures très diverses à travers l’histoire. Nous allons parcourir l’époque d’avant Jésus-Christ pour découvrir que l’une des traces les plus anciennes nous vient d’Egypte. Ce sont Ed et Ellen Case, de Los Angeles, qui ont les premiers, en 1979, découvert un indice concret de la pratique de réflexologie, sur le tombeau d’Ankhmahor.

En Egypte

Egypte ancienne, embaumements, de pharmacologie et... de réflexologie !Le prestige qui entourait le corps médical égyptien de l’Antiquité était si grand qu’il irradiait tout autour du pays, et que non seulement des rois de Perse et de Syrie avaient recours aux spécialistes de la vallée du Nil, mais les Grecs les admiraient, formant une sorte de gloire légendaire autour de leurs pratiques médicales. Les peintures et gravures égyptiennes préservent l’histoire d’opérations chirurgicales, d’observations anatomiques et de traitements médicaux.


La civilisation avancée et les personnages de connaissance venaient de l’Egypte Haute (actuellement le sud de l’Egypte), où les cheveux frisés et la peau foncée étaient prisés. 
On remarque sur la scène reproduite que ceux qui sont plus foncés et qui ont les cheveux frisés à l’africaine sont les pratiquants. Selon elAwany1, ils sont apparemment venus de l’Egypte Haute pour traiter les gens de l’Egypte Basse (région méditerranéenne au nord) au teint plus clair. D’après l’institut de papyrus au Caire, les hiéroglyphes signifient : “Ne me fais pas mal”, sur quoi le praticien répond : “Je ferais en sorte que tu me remercies”.



En Chine


D’après Rwo Shur2, une forme de réflexologie a pris naissance il y a 4000 ans sous l’Empereur Hwang dans le cadre de la pratique de l’acupuncture et de la moxibustion. Maître Yo-Mo Kuan confirme ces faits3 et précise que ce diagnostique du pied s’intitulait “Kwang Tsu Fa”, dérivé de “Zu Hsin Tao”. Il paraît que le fameux livre de la médicine chinoise, le “Nei Ching”, attribué à Huang Ti (ou l’Empereur Jaune), que l’on situe entre 1000 à 400 ans avant notre ère relate également des passages sur la réflexologie.Seulement, durant la dynastie Qin (221-206 av. J.-C.) sous l’Empereur Shi Huangdi, beaucoup de livres ont été interdits, afin de promouvoir l’obéissance et d’effacer la connaissance du passé. La pratique de la réflexologie a été alors fortement restreinte et presque oubliée.On retrouve malgré tout une trace lors de la période Han (206 av J.-C.-220 ap J.-C.) avec un médecin Hwa Tuo qui aurait appelé son travail “Hua Tus Mi Ji” ou “Le tao du centre du pied”3. Plus tard, pendant la dynastie Tang (618-907 ap. J.-C.), un certain moine japonais nommé Tai Tien Chiu Shao4 aurait étudié, avec d’autres, la pratique de la réflexologie avant de l’introduire au Japon.



En Asie

Le bouddhisme, originaire du nord-est de l’Inde, se répand, environ 500 ap. J.-C., en Chine, au Japon, en Corée, au Vietnam et au Tibet. L’empreinte du pied de Bouddha est gravée dans une roche à Kusinara (Chine), et aussi au monastère de Teintai près de Beijing (Chine).Les pieds de BouddhaComme on peut le voir sur la figure 2, chaque petite case contient des images d’arbres, d’animaux, de parasols, de demis dieux ou de dieux... Ces images symbolisent les différentes qualités du Bouddha, tel que “élégance du cygne”, “l’héroïsme du taureau”, “la majesté du lion”, “la sagesse de l’éléphant”, “l’immortalité du serpent”, etc5. Les parasols sont un signe de puissance royale, ils accordent protection, joie et bonheur.
Le Bouddha peut être reconnu, dit-on, car il porte sur son corps les “trente-deux signes principaux et les quatre-vingt signes secondaires”. Parmi les signes principaux, on peut lire : “il a les orteils longs et le talon large, son cou-de-pied est saillant”6 !
Les orteils correspondent à la tête, lieu de l’intelligence et de la plupart de nos organes sensoriels, tels que l’ouïe, la vue, l’odorat, le goût, etc. Nous percevons le monde extérieur grâce à ces subtiles constructions. “Avoir les orteils longs” peut faire allusion à une bonne capacité à percevoir l’environnement, semblable à dix petites antennes, ainsi qu’à un déploiement de la conscience…


Le talon correspond au bassin, qui représente le processus de “donner forme”, d’incarner, à l’image du bébé qui prend forme dans le ventre. Un “talon large” symbolise une bonne assise, la stabilité et la capacité de concrétiser des idées7. “Le cou-de-pied saillant” symbolise la volonté, similairement au pied creux.

En Inde, la plus grande bénédiction est de toucher les pieds d’un maître, et non les mains ou le visage ! Aussi, les “padukas” (sandales) ont une importance capitale dans la vénération des Dieux, car ils contiennent l’empreinte de leurs pieds. On dirait que les pieds concrétisent le savoir ou la grandeur d’une personne ou d’un Dieu, ce qui peut nous laisser, nous occidentaux, un peu perplexe... Mais c’est bien ce que représentent également les teintures des pieds de Vishnu et les multiples gravures des pieds de Bouddha.



Les pieds de VishnuDans la tradition hindoue, les pieds de Vishnu sont richement garnis de symboles. Les débuts de l’hindouisme datent de 1500 av. J.-C., et repose sur les textes védiques qui sont connus pour être les plus anciens du monde, provenant des temps préhistoriques. 
Dans l’hindouisme, la trinité se compose de trois dieux : Brahma, le créateur, Vishnu, le préservateur et Siva, le destructeur ou le purificateur.



“Vishnu Padas”, une peinture trouvée au Rajasthan (fig. 2), signifie “les pieds de Vishnu”. Ajit Mookerjee8 explique que les signes sur les pieds symbolisent l’unité de l’univers, ainsi que les différents aspects de l’ultime Un. La préservation de l’univers est représentée par Vishnu, qui, par analogie, conserve également l’harmonie au sein du corps (le corps étant un microcosme).

Des symboles à la réflexologie

Ces représentations de pieds, que ce soit Bouddha ou Vishnu, sont actuellement plus connues pour leurs valeurs religieuses et spirituelles, mais à cette époque, l’art, la science et la spiritualité formaient un tout indissociable. 

La notion du divin ne s’arrêtait pas à la religion mais imprégnait tous les autres domaines, que ce soit la philosophie, l’astronomie, les mœurs culturelles ou la médecine.

À cette époque, "être en bonne santé" ne consistait pas uniquement à avoir un corps sans symptômes, mais l’harmonie psychique et spirituelle étaient tout aussi déterminante, sinon plus. Cela expliquerait pourquoi on ne trouve pas de localisation d’organes sur les pieds, rejoignant ce qu’on appelle de nos jours “la médecine de l’âme”.



Selon Henri Artari, podologue kinésithérapeute, ces informations ont été dissimulées car, de tout temps, le pouvoir a été lié à la connaissance. Il est probable que les médecins de l’époque ont utilisé des langages codés pour déguiser et cacher cette connaissance.



Prenons l’exemple des pieds de Vishnu. D’après H. Artari, on trouve sur le talon, qui correspond aux zones réflexes des organes situés dans le bassin, des symboles liés à la longévité, à la fertilité et à la virilité. La “amritakumbha” en sanskrit (pied sur notre gauche) est un vase destiné à recueillir l’élixir d’immortalité, à côté, les empreintes du sabot d’une vache, “Gopada”, symbolise la fertilité (comme dans la tradition grecque). Sur le pied à notre droite, l’arbre “Kalpavrksa” correspond à l’arbre de vie, la lance “Danda” est le symbole phallique par excellence.



Les représentations des différentes qualités des êtres divins, que ce soit Vishnu ou Bouddha, sont toujours illustrées sur les pieds. On peut ainsi deviner que les pieds sont comme la condensation d’une dimension bien plus grande.Nous connaissons la citation “ce qui est en haut est en bas” ou “l’homme est à l’image de Dieu”. 
Dans le cas où Dieu correspondrait à un ordre cosmique, le corps serait alors une représentation miniaturisée de cet ordre, suivant le principe “le macrocosme tel que le microcosme”. Les pieds seraient, à un échelon plus bas, une projection encore plus dense de ce macrocosme, tel que nous le montre ces anciennes peintures, gravures et gouaches.

En occident

En Amérique du Nord, les Indiens des tribus Cherokee témoignent de leur pratique de la réflexologie plantaire. Christine Issel est allée les visiter. L’un d’eux, Jenny Wallace, de la “Blue Bridge Mountain” affirme : “Nos pieds marchent sur la terre et grâce à cela, notre esprit est relié à l’univers.” Elle a appris cette méthode de son grand-père. Traditionnellement, la plupart des tribus d’indiens d’Amérique du Nord soignent par un travail de pression sur les pieds.

L’histoire moderne
En EuropeDans le n° 3 du journal Le Point Réflexe9évolution de la réflexologie à partir de la fin du XIX et du début du XXterme dorénavant utilisé pour décrire les méthodes qui agissent à distance.

Aux Etats-Unis


Aux Etats-Unis, le Dr Fitzgerald développe des “ points de pression ”. Il découvre par hasard cette méthode en appuyant sur la muqueuse du nez avec une sonde enrobée de coton. Ceci a pour effet d’anesthésier d’autres parties du corps. Il élargit sa recherche et constate qu’une pression sur la bouche, la langue, la gorge, les mains, les pieds et les protubérances osseuses a le même effet. Non seulement la pression soulage la douleur, mais une fois la douleur disparue, la condition qui la provoquait est souvent améliorée. Il publie deux ouvrages, la Thérapie des zones en 1916 et Zone Therapy, or Relieving Pain in the Home (la thérapie des zones ou atténuer la douleur chez soi) en 1917.
La “ thérapie des zones ” du Dr Fitzgerald divise le corps en 10 lignes longitudinales imaginaires, 5 de chaque côté, qui s’étendent du sommet du crâne à l’extrémité des orteils. Comme dans les travaux du Dr Head, le Dr Fitzgerald découvre qu’une stimulation de la peau dans une des bandes affecte les organes ou les glandes situés dans la même bande.Des maux de tête, des lumbagos, de l’asthme, des douleurs dentaires, etc. sont traités par cette méthode, qui est ensuite reprise par les docteurs George Starr White et Joe Shelby Riley. Ce dernier établit des diagrammes détaillés de la localisation des points réflexes des pieds et des mains. Il écrivit plusieurs livres à ce sujet, dont le premier parut en 1919. étaient déjà utilisés à la fin du XIX


Tous ces travaux émanant du monde scientifique ont probablement été phagocytés par la découverte des molécules synthétiques telles que les antibiotiques, qui a attiré toute l’attention du corps médical. Les découvertes en réflexologie ont alors été abandonnées par le monde médical. Ce sont les adeptes des médecines naturelles, naturopathes, ostéopathes ou chiropracteurs, qui finalement ont utilisé cette technique.


Eunice Ingham

La réflexologie plantaire telle que nous la connaissons aujourd’hui a été principalement développée par Eunice Ingham, une kinésithérapeute américaine. Engagée en 1926 par le Dr Joe Riley dans son cabinet à Saint Petersburg, elle participa à ses recherches pendant des années. Elle remarqua que les pieds étaient encore plus sensibles que les mains et se concentra sur eux. Dans un premier temps, elle expérimenta différentes techniques. Par exemple, une fois les points douloureux localisés, elle plaçait dessus des boules de coton maintenues par des sparadraps afin que la personne, en marchant, continue à les stimuler. Mais les réactions furent trop vives et elle abandonna l’idée d’aides mécaniques externes. Elle conclut que la main du praticien obtenait les meilleurs résultats, notamment lors d’une pression alternante plutôt que constante.

Elle travailla sur des milliers de pieds, vérifiant l’emplacement des points douloureux et les symptômes, et mit au point une cartographie des zones réflexes plantaires. Son premier livre, Stories the feet can tell (Ce que les pieds peuvent raconter) fut publié en 1938, suivi en 1951 de Stories the feet have told ” (Ce que les pieds ont raconté). De 1946 à 1969, elle sillonna les Etats-Unis pour donner des conférences et des séminaires.

 En 1958, elle avait déjà 45 000 clients et étudiants à son actif ! Déterminée, elle fit connaître ses résultats par traitement en réflexologie plantaire, ce qui lui valu un dépôt de plainte en justice pour exercice illégal de la médecine, alors qu’elle avait 79 ans ! Mais les accusations furent abandonnées avant qu’elle ne comparaisse. Ce n’est qu’à l’âge de 80 ans qu’elle s’arrêta.Son neveu Dwight Byers l’a secondée dans ses enseignements à partir de 1950. En 1973, il devint directeur de l’Institut International de Réflexologie et il se consacre depuis à la pratique et à l’enseignement de la réflexologie.
Les différentes méthodes de réflexologie plantaire qui existent aujourd’hui se basent toutes sur les travaux de Eunice Ingham, mère de la réflexologie plantaire. Même la pratique de la réflexologie plantaire en Chine a été relancée par la “ découverte ” d’Eunice Ingham, mais son essor et sa mise en place y ont été beaucoup plus rapides – il existe des “ hôpitaux ” de réflexologie – grâce à la mémoire du passé. Cette pratique existante dans des temps plus anciens était passée dans l’ombre en raison des politiques de répression, et seules l’acupuncture et la pharmacopée avaient émergé ensuite. Il est intéressant qu’il ait fallu le contact avec l’Occident pour réveiller la réflexologie de son sommeil en Chine.

Conclusion

L'existence de zones réflexes plantaires et leur utilisation à des fins thérapeutiques sont connues depuis environ cinq mille ans. On présume que l'acupuncture et la réflexologie plantaire ont la même racine, mais la preuve incontestable de l'exercice de la réflexologie vient de l'Egypte. Dans l'Egypte ancienne, les connaissances et les activités du défunt sont gravées sur son tombeau.
 Sur le sarcophage d'Ankhmahor (ville de Saqqarah, 2330 av. J.-C.) sont représentées des scènes de soins dentaires, d'accouchements, de pharmacologie et de réflexologie…En Occident, à la fin du XIX1974), kinésithérapeute américaine, qui a développé une méthode à la base de toutes les techniques de réflexologie plantaire en usage aujourd'hui.

Mireille Meunier-Roux